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Dialogue État–secteur privé : transformer la concertation en solutions

Un dialogue économique utile ne se réduit pas à une succession de réunions de consultation protocolaire : il exige d'objectiver les contraintes réelles des entreprises, de formaliser des propositions fondées sur des données probantes et de suivre rigoureusement l'exécution des engagements pris.
Dialogue État–secteur privé : transformer la concertation en solutions

1. Le piège de la concertation formelle sans impact opérationnel

Depuis plus d'une décennie, le Togo et les pays de l’UEMOA ont institué des instances formelles de dialogue public-privé : comités de concertation État–secteur privé, journées nationales de l'entreprise, commissions paritaires et assises économiques. Si la création de ces espaces marque une volonté politique indiscutable, leur rendement opérationnel reste souvent en-deçà des attentes des opérateurs économiques de terrain.

Le principal écueil réside dans la confusion entre l'écoute protocolaire et la négociation stratégique documentée. Trop souvent, le secteur privé formule des doléances hétérogènes sans étude d'impact budgétaire chiffrée, tandis que l'État répond par des engagements généraux dont personne ne mesure ensuite la mise en œuvre effective.

« Le dialogue public-privé n'est ni un tribunal où l'on dénonce, ni un salon où l'on s'écoute poliment : c'est un laboratoire d'ingénierie contractuelle pour lever les goulets d'étranglement qui entravent la création de richesses et d'emplois. »

2. Les quatre piliers d'un dialogue public-privé de haute performance

Pour surmonter ces limites et transformer chaque cycle de concertation en gains tangibles de compétitivité, nous préconisons quatre principes méthodologiques directeurs :

  • 1. L'objectivation par les données économiques : Remplacer les opinions subjectives par des études diagnostiques rigoureuses. Lorsque le secteur privé demande un aménagement fiscal ou douanier, la proposition doit préciser l'élasticité attendue, le calendrier d'application et la compensation par l'élargissement de l'assiette.
  • 2. La représentativité effective des TPE, PME et femmes cheffes d'entreprises : Le tissu économique togolais est constitué à plus de 90 % de PME et d'entreprises dirigées par des femmes. Le dialogue ne doit plus être monopolisé par les seules grandes multinationales ou filiales bancaires.
  • 3. La contractualisation des engagements mutuels : Chaque arbitrage doit être formalisé sous forme de feuille de route assortie d'un calendrier précis, d'un ministère chef de file et d'un point focal patronal responsable.
  • 4. Le suivi indépendant et la reddition des comptes : Publier semestriellement un baromètre conjoint de l'exécution des réformes convenues, accessible aux citoyens et aux investisseurs.

3. L'expérience du terrain togolais : vers un partenariat stratégique mature

Mon engagement de 2015 à 2025 au sein de l'AFCET, du Cadre de concertation État–Secteur Privé et dans le dialogue avec le Conseil National du Patronat (CNP-Togo) a permis d'expérimenter concrètement cette exigence de méthode. Des réformes majeures — telles que la dématérialisation des formalités de création d'entreprises, les mécanismes de garantie pour les PME et la prise en compte du genre dans la commande publique — ont abouti précisément là où la concertation s'est appuyée sur des données de recherche irréfutables.

Ce qu'il faut retenir de cette note de position

  • Remplacer les doléances par des contre-propositions chiffrées : Le patronat gagne en autorité dès lors qu'il se dote d'une capacité autonome d'études économiques et de prospective.
  • Créer un secrétariat permanent paritaire : Le suivi technique des décisions ne peut être délégué à des réunions semestrielles ; il exige une task force dédiée au quotidien.
  • Faire du climat des affaires une cause nationale : La simplification réglementaire et la sécurité juridique des investissements sont les seuls vrais garants de la souveraineté économique.

Conclusion : De la confrontation à la co-responsabilité nationale

L'État et le secteur privé ne sont pas des adversaires contraints de cohabiter : ils sont les deux moteurs indispensables d'une même locomotive nationale. En faisant prévaloir la franchise, la rigueur méthodologique et le culte du résultat, nous bâtirons un environnement d'affaires compétitif à l'échelle de la ZLECAf et protecteur de l'intérêt général.

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